- Mais les « idées » que l'on considère peut-être naïvement comme les produits de cette faculté d'intelligence, êtes-vous en mesure de les traiter commes des « objets mentaux » de les ramener à leur base matérielle ?
- Théologiens et philosophes (pas tous) considèrent les fonctions supérieures du cerveau comme leur domaine réservé, et cela avec d'autant plus d'assurance que celles-ci ne sont pas encore tombées sous le bistouri de l'analyse scientifique. Elles le seront tôt ou tard et cela n'a rien d'inquiétant. Ce qui m'inquiète beaucoup plus, c'est l'effort considérable qu'il faudra faire à leur sujet pour sortir des discours littéraires.
Pour le neurobiologiste que je suis, il est naturel de considérer que toute activité mentale, qu'elle qu'elle soit, réflexion ou décision, émotion ou sentiment, conscience de soi... est déterminée par l'ensemble des influx nerveux circulant dans des ensembles définis de cellules nerveuses, en réponse ou non à des signaux extérieurs. J'irai même plus loin en disant qu'elle n'est que cela.
Comme l'écrivait Jacques Monod, un des traits les plus frappants de l'esprit humain est sa capacité à « simuler subjectivement l'expérience pour en anticiper les résultats et préparer l'action ». Cette faculté est directement liée à celle de « représentation », par exemple, d'objets extérieurs. Diverses expériences récentes de psychophysique suggèrent la matérialité de ces images mentales. Notre hypothèse de travail est que celles-ci sont des objets bien concrets définis par la « carte » dynamique des ensembles cellulaires engagés et des influx nerveux qui les parcourent.