"La justice sans la force est impuissante : la force sans la justice est tyrannique." Pascal
" Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir " Rousseau
Le plus grand des maux est de commettre l’injustice. Platon
Là où n’existe aucun pouvoir commun, il n’y a pas de loi. Là où n’existe pas de loi, il n’y a aucune injustice. La force et la ruse sont en temps de guerre les deux vertus cardinales Hobbes
L’homme est né libre, et partout il est dans les fers Jean-Jacques Rousseau
« Une loi injuste n’est pas une loi » Augustin d’Hippone
« La démocratie a donc deux excès à éviter : l’esprit d’inégalité, qui la mène à l’aristocratie, ou au gouvernement d’un seul ; et l’esprit d’égalité extrême, qui la conduit au despotisme d’un seul, comme le despotisme d’un seul finit par la conquête. » [...]
Autant le ciel est éloigné de la terre, autant le véritable esprit d’égalité l’est-il de l’esprit d’égalité extrême. Le premier ne consiste point à faire en sorte que tout le monde commande, ou que personne ne soit commandé ; mais à obéir et à commander à ses égaux. Il ne cherche pas à n’avoir point de maître, mais à n’avoir que ses égaux pour maîtres.
Dans l’état de nature, les hommes naissent bien dans l’égalité : mais ils ne sauraient y rester. La société la leur fait perdre, et ils ne redeviennent égaux que par les lois.
Telle est la différence entre la démocratie réglée et celle qui ne l’est pas ; que, dans la première, on n’est égal que comme citoyen ; et que dans l’autre, on est encore égal comme magistrat, comme sénateur, comme juge, comme père, comme mari, comme maître. »
«Nous pouvons remarquer que le principe de différence donne un certain poids aux arguments mis en évidence par le principe de réparation, à savoir que les inégalités non méritées doivent être corrigées. Puisque les inégalités de naissance et de dons naturels sont imméritées, il faut en quelque façon y apporter des compensations. Ainsi ce principe affirme que, pour traiter toutes les personnes de manière égale, pour offrir une véritable égalité des chances, la société doit consacrer plus d'attention aux plus démunis quant à leurs dons naturels et aux plus défavorisés socialement par la naissance. L'idée est de corriger l'influence des contingences dans le sens de plus d'égalité. Afin de réaliser ce principe, on pourrait consacrer plus de ressources à l'éducation des moins intelligents qu'à celles des plus intelligents, du moins pendant un certain temps, par exemple les premières années d'école.
« La vengeance se distingue de la punition en ce que l’une est une réparation obtenue par un acte de la partie lésée, tandis que l’autre est l’œuvre d’un juge. C’est pourquoi il faut que la réparation soit effectuée à titre de punition, car, dans la vengeance, la passion joue son rôle et le droit se trouve ainsi troublé.
De plus, la vengeance n’a pas la forme du droit, mais celle de l’arbitraire, car la partie lésée agit toujours par sentiment ou selon un mobile subjectif. Aussi bien le droit qui prend la forme de la vengeance constituant à son tour une nouvelle offense, n’est senti que comme conduite individuelle et provoque, inexpiablement, à l’infini, de nouvelles vengeances. »
« Justice, force.
Il est juste que ce qui est juste soit suivi ; il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi.
La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique.
La justice sans force est contredite, parce qu'il y a toujours des méchants. La force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour cela faire que ce qui est juste soit fort ou que ce qui est fort soit juste.
La justice est sujette à dispute. La force est très reconnaissable et sans dispute. Aussi on n'a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice et a dit qu'elle était injuste, et a dit que c'était elle qui était juste. »
« [C]'est d'abord à l'injustice que nous sommes sensibles : « Injuste ! Quelle injustice ! » nous écrions-nous. C'est bien sur le mode de la plainte que nous pénétrons dans le champ de l'injuste et du juste. Et, même au plan de la justice instituée, devant les cours de justice, nous continuons de nous comporter en “plaignants” et de “porter plainte”. Or le sens de l'injustice n'est pas seulement plus poignant, mais plus perspicace que le sens de la justice : car la justice est plus souvent ce qui manque et l'injustice ce qui règne. Et les hommes ont une vision plus claire de ce qui manque aux relations humaines que de la manière droite de les organiser. C'est pourquoi […] c'est l'injustice qui la première met en mouvement la pensée. »
Traitement de la notion d’inégalité
Cette donnée statistique montre que la reproduction sociale est un fait. Cependant, ses causes peuvent être analysées en fonction des théories de la justice sociale qui ressortent de cette double-page. C’est d’abord le principe d’équité que l’on peut analyser. Rawls indique clairement que l’égalité équitable des chances a priorité sur le principe de différence. Sur ce plan, la reproduction sociale est donc un échec des politiques d’équité. En effet, si tous les enfants débutaient avec les mêmes chances, on ne devrait pas constater un tel écart entre enfants d’ouvriers et enfants de cadres. Mais on peut aussi comprendre que les enfants de cadres ne méritent en rien un point de départ plus favorisé ou un talent naturel. On voit alors que le problème moral de la justice sociale devient un problème politique : quelle politique peut permettre de s’assurer que les inégalités imméritées favorables à quelques-uns profitent finalement à tous ?